L'écriture m'excite. Mon aphrodisiaque. Mon extase. Ma masturbation. Je crois que. Ouais. C'est ma langue, mon verbe que je branle au lieu de mon sexe délaissé. C'est comme si j'éculais de la littérature. Et attends. Pas de l'uniforme blanche visqueuse. De la polychrome, absurde de teintes et de variations, d'effluves et de saveurs. En phase primaire. Amorcée. La littérature maladie qui fait vomir des arc-en-ciel, des arches assassines, de "je" sournois. Trois mille six cent couleurs. C'est moi le bleu de Klein et les autres ciels qu'on a pas pu découvrir, là bas, de l'autre côté de la lumière, parce que que je n'ai pas encore pu les vomir. Tellement de glaire, de bave, de gerbe,et une seule bouche étroite pour tout dire. C'est ça la frustration, d'éjaculer par des conduits creusés pour des vers. Tu vois, ils se trompaient les antiques, les Gatien, les médecins. C'est pas noire la bile, c'est primitif, bleu jaune rouge, et même violet desfois. Ca laisse des traces merveilleuses sur le corps la littérature. Des poèmes en prose qui se lisent en braille. Si tu passes ta langue dessus, tu sauras toi aussi les histoires formidables et les hideurs insoupçonnées, tu pourras ouvrir des portes condamnées, et découvrir des coffres cachés par Picasso pour nous en éloigner. Il faudrait des photographes à délire, des qui capteraient les minutes, l'heure, qui tourne incessante, studieuse. Comme des chronomètres. Des pour prendre le pouls de la fièvre plutôt que des néons obstinés de lumière quelconque. On peut rien contre l'habitude même la colère ça suffit pas à la disperser, ou pas longtemps. L'habitude c'est un fracas, et le génie un silence. On est trop bavards pour être géniaux. T'es ma muse. Ca vaut ce que ça vaut. Y a pas pire, là. Parce que je pense à t'écrire ça me gicle des doigts. L'orgasme littéraire on t'apprend pas à le retenir. Tu sais pas où il se verrouille le perinet du verbe. En un mot. T'es l'invisible main onaniste, l'accoucheuse de mon verbe sinueux. Avec toi je prends des chemins en terre meuble. Des fragiles qui font des estuaires de boue. Pose toujours ta main délicate, libre d'alliance trahie, sur ma langue impatiente. Tu vois. Je crois que j'ai l'écrit érotique. Que de membre long, rigide, effilé, je ne suis doté que d'un stylo malingre. Faut le faire baguette. Pas magique, mais à musique. Faire sortir du fracas de l'habitude un silence qui pense. Des murmures hantés, des fantômes décapités, des légendes effrayantes. De la musique !  Merci d'exister. Tu es dans mon mental. Tu chuchotes à mon intuition. Merci M. d'être. M...use. Belle. Délicieuse. Discrète. Colère. Talent. Merci. Quand. Je. Ponctue. Je. Crois. Que. Je. Commets. Un. Meurtre. Un. Génocide. Comme. Un. Spermicide. J'avorte. Embryon au cachot. Tu me fais suer de mots. J'en ruisselle d'écrits frustrés, de bouche écartelée, de langue tendue, cracheuse asséchée. Une longue prise de courant, et de risques, qui ondule dans mon corps. J'veux pas lâcher les doigts de dans l'électrique stimulation. Périr d'écrire. Oxymoron de momies giratoires, ferrés d'habitude. Crever de vivre. Ecrire. Pour de vrai. Dans mon identité pas compromise. Mon petit talent bien égoïstement caché. Ca bourdonne. Ca ne doit pas se taire l'écoulement, le bruit. Que je doive en crever de déshydratation à vomir les mots, que ça me laisse muet de déverser ma folie. Il y a tout. Un concentré. Furieux. Courroucé. Un peu qui peut tout dire, il a déjà tué l'interdit, cette habitude des hémicycles. Pauvre demi-jouisseurs législateurs. "Je", c'est la plénitude. J'ai déjà dit. Magellan. Voilà. Des cycles entiers, des menstruels saignants, des solaires brûlants, des cycles, des saisons quatre par quatre déréglées. "Je". Comme une flèche lancée à pleine vitesse. Cette fois c'est l'arc qu'est bandé. Trop tard. Ne dîtes rien. Elle est déjà partie la flèche. Je peux tout écrire, elle arrivera. Tout crier. J'ai l'univers qui craque entre mes doigts. Je le sens fébrile. Je peux dire. Ta bouche. Tes seins. Ton ventre. Je peux les habiller d'ombre et de soie livide. D'obstinés fantasmes, d'asservissants désirs, de maquerelles certitudes. Je paye tout ça en larmes de chiens, en encre noire, bien dense comme la nuit qui nourrit le crime. Tu m'épuises à deux heures. J'ai un port qui pousse dans la tête. Des grecs colonisants. L'accent aussi fort que le poisson qui pourrit dans la cale. C'est Marseille et des souvenirs, des cris, des mouettes, des plages microbes. Bientôt ce sera Amsterdam pour la chanson, les petites vertus, les étendues, Amsterdam on dirait que rien ne peut s'y finir, que les trains meurent dans la mer. Bientôt. L'Ouest qui fera une histoire sur des menhirs, pour dire les bardes et les druides, les serpes et les remèdes poisons. Singapour et ses cargaisons bridées de normes internationales. Je peux dormir sur la mer. Boire l'océan. M'allonger sur ton corps. Ses embranchements. Jambes qui divisent le torse en affluant de beauté. Delta doux et calme, irrigue mes pulsions. Deux jambes pendues, légères comme la marée qui remonte, tressaillent. C'est de l'obsessionnelle écriture. Je guette derrière le réverbère éteint -il y a rêve dans réverbère- ta sortie. J'attends que le jour taise ses tempêtes d'habitués. J'attends, de te faire peur avec la nuit vivifiant le sordide, abreuvant les créatures de cauchemar. Faire peur. C'est comme un viol qui répond au désir qui claque. Ca salira les ballerines que tu ne portes pas. Tu ne danses pas dans la vie. T'y voles, toi. Des mots d'horreur. Dépossession. Je me fais femme. C'est sucer l'âme dans les mots terribles. Sans contrôle. Je suis drogué à quelque chose ça me fait des petits meurtres confidentiels dans les reins. D'ulcères timides qui se révèlent malins. Faut toujours se méfier des timides. C'est les pires. Ils osent pas, alors ils réunissent en fantasmes toutes les bassesses de l'imagination. Si un jour le courage vient -aidé par la fin du monde, ça vous assassine un timide. Planté, tu pourras pas dire que je t'avais pas prévenu. Les timides ça espère, ça fait que ça. C'est bien pratique pour éviter de mourir. Parce qu'ils écoutent les dictons populaires. On se maintient à la surface avec nos lâchetés, nos concessions. Les yeux baissés, mais le nez à flot. Faut juste pas cesser. Disparaître. Ca peut trop effrayer quand on attend pour vivre la bonne minute. Y a même plus de guerre pour s'inquiéter. Que du maintien de la paix, asphyxiée la paix qu'on s'occupe tellement à la maintenir. Ca frise l'acharnement thérapeutique. T'inquiète pas. Tout arrive. Une météorite ou les américains ou les chinois ou les russes ou ton père ou ta lame. Y a plus qu'une question de temps. Tu vois. Faut des photographes-chronomètres. Pour quand tu te seras évaporé sous la chimie d'une drogue ou d'une bombe. Le temps lui il s'en foutra de vous. Nous restera des voyages au centre de la terre. Et ça c'est secret. Les cadavres qu'on y déposera vous les connaissez pas. Des anonymes glorieux. Des déserteurs inconnus. On célèbre ses héros. Nous. Des fuyards. Ceux qui tenaient trop à la vie pour la laisser tomber. C'est bien facile de se résoudre quand on a pas de fièvre, c'est bien facile quand on accepte la nuit de l'Univers. Nous on a jamais su.